EFR

EFR de repos chez les femmes enceintes

Existe-t-il des contre-indications aux EFR de repos ?

Les contre-indications, absolues ou relatives, à la réalisation d’EFR de repos pendant la grossesse sont de deux types : liées à un éventuel risque obstétrical, ou liées au type de manœuvres d’EFR envisagées. Concernant les risques obstétricaux (contractions utérines, ouverture du col utérin…), l’avis du gynécologue-obstétricien doit être recueilli au moindre doute. Quant à l’évaluation du risque lié directement aux EFR, il doit tenir compte de plusieurs facteurs : des efforts respiratoires intenses et répétés vont-ils être exigés de la patiente ? Va-t-elle devoir inhaler des gaz médicaux et/ou des substances pharmacologiques ? Va-t-elle être soumises à une PO2 et/ou une PCO2 susceptibles de modifier la composition de ses gaz du sang ?

La spirométrie forcée est habituellement le cœur des EFR de repos. Les efforts nécessaires génèrent cependant une majoration de la pression intra-abdominale et exposent la patiente à un inconfort et un risque de contractions utérines réflexes. Ainsi, la balance bénéfice/risque doit être évaluée en fonction de l’indication. De même, un test de réversibilité aux β2-agonistes d’action rapide imposera de renouveler les courbes débit/volume, en plus de risquer de provoquer ou aggraver une tachycardie chez la patiente. En revanche, la spirométrie lente et la mesure des volumes statiques ne demandent pas d’efforts intenses (et ni l’hélium ni l’azote ne présentent de toxicité connue). A l’inverse, l’inhalation de monoxyde de carbone pour mesurer la DLCO expose théoriquement au risque de diminuer l’oxygénation maternelle et fœtale, mais en pratique la faible augmentation de l’HbCO maternelle (environ 0,7 % à chaque manœuvre d’inhalation) permet de pratiquer cet examen dans des conditions de sécurité satisfaisantes, mêmes si les mesures sont répétées à plusieurs reprises, sans carboxylation de l’hémoglobine fœtale.

Deux types d’examens sont absolument contre-indiqués ou fortement déconseillés. Premièrement, le test de provocation bronchique à la méthacholine qui pourrait provoquer une hypoxie fœtale en cas de bronchospasme sévère chez la patiente. Également, les tests de réponse ventilatoire à l’hypoxie ou l’hypercapnie pour lesquels les risques de mauvaise tolérance fœtale sont trop importants. Un classement pragmatique du risque relatif à chaque examen est disponible dans le tableau ci-dessous.

Examens autorisés sans restriction– Volumes statiques (pléthysmographie, dilution à l’hélium, rinçage à l’azote) – Oscillométrie – NO exhalé
Examens autorisés sous réserve (Cf. balance bénéfice/risque)– Spirométrie forcée ± test de réversibilité – Pressions respiratoires maximales (PImax, PEmax, SNIP) – DLCO
Examens contre-indiqués ou fortement déconseillés– Provocation bronchique à la méthacholine – Réponse ventilatoire hypoxie /hypercapnie

Comment interpréter les EFR à la lueur des modifications physiologiques au cours de la grossesse normale ?

L’augmentation progressive de la taille de l’utérus gravide et l’imprégnation hormonale (progestérone, relaxine…) vont entraîner des modifications structurales et tissulaires chez la femme enceinte. Le diaphragme va progressivement s’élever, d’environ 2 à 5 cm, mais le volume de la cage thoracique va rester quasiment inchangé du fait d’un élargissement de son diamètre inférieur prédominant dans la direction médio-latérale. Par ailleurs, l’épaisseur du diaphragme et sa course maximale restent inchangées, avec une pression transdiaphragmatique maximale (PDImax) préservée. De même, malgré l’allongement et l’amincissement progressif des muscles abdominaux, leur capacité fonctionnelle n’est pas réduite au cours de la grossesse (mais un peu en post-partum). Concernant la compliance du système respiratoire, celle du parenchyme n’est pas modifiée, et celle de la cage thoracique n’est modérément réduite qu’en fin de grossesse. Enfin, les résistances des voies aériennes ne sont pas significativement modifiées. Par ailleurs, la ventilation augmente, principalement par une majoration du volume courant.

En conséquence, concernant les grandeurs mesurées aux EFR de repos, on va principalement observer une modification de la répartition des volumes pulmonaires. La capacité pulmonaire totale (CPT) et la capacité vitale (CV) vont rester quasiment inchangées, y compris en position couchée. En revanche, la capacité résiduelle fonctionnelle (CRF) va être amputée d’environ 20 % (~ 300-500 mL) au troisième trimestre, par diminution du volume de réserve expiratoire (VRE) (environ -200 mL) et du volume résiduel (VR) (environ -10 % et -200 mL). Au contraire, la capacité inspiratoire (CI) augmente d’environ 300 mL. Le VEMS et le rapport de Tiffeneau, ainsi que les pressions respiratoires maximales, ne sont pas significativement modifiés. La DLCO peut légèrement augmenter au premier trimestre, par un mécanisme encore mal compris, avant de retrouver sa valeur basale en fin de grossesse (voire diminuer discrètement). La PaO2 peut se majorer initialement, modérément, du fait de l’hyperventilation, mais cette modification s’estompe au cours de la grossesse. En revanche, en position couchée, une légère diminution peut être observée. Une hypocapnie est classiquement observée en conséquence de l’hyperventilation (30-35 mmHg), avec un pH généralement compensé par la diminution de la bicarbonatémie.

Fonction respiratoire et grossesse « à risque »

En plus des modifications physiologiques précédemment décrites, lorsque la patiente présente une maladie respiratoire qui existait antérieurement à l’initiation de la grossesse, son organisme doit s’adapter à des contraintes mécaniques et/ou métaboliques particulières. Par ailleurs, d’autres pathologies respiratoires peuvent connaître une aggravation spontanée au cours de la grossesse. Malheureusement, par excès de précaution à réaliser des EFR chez la femme enceinte, on manque d’études robustes avec des effectifs conséquents ayant étudié l’évolution de la fonction respiratoire dans différentes pathologies au cours de la grossesse et en post-partum.

De même, il n’existe pas de critères EFR qui permettraient d’autoriser ou de contre-indiquer un accouchement par voie basse.


D’après les présentations « Impact de la grossesse sur la physiologie respiratoire » (Laurent Plantier, Tours) (session du samedi 31 janvier A22 « Grossesse et respiration ») et « Exploration fonctionnelle et grossesse » (Anne Charloux, Strasbourg) (session du dimanche 1er février A32 « Quels examens chez la femme enceinte ? »)

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Choix des normes EFR pour les sujets transgenres

Genre et transidentité

Le sexe biologique est un ensemble de facteurs déterminant si un individu est considéré biologiquement mâle, femelle ou intersexe (les chromosomes sexuels et les gènes qu’ils portent, les hormones sexuelles sécrétées et la présence de récepteurs fonctionnels à ces hormones, la présence d’organes génitaux internes et/ou externes et de caractères sexuels secondaires). Le genre, quant à lui, est une construction sociale, il fait référence à si l’individu s’identifie en tant qu’homme, femme, ou individu non binaire ; mais aussi dans une certaine mesure à comment l’individu est perçu par son entourage et comment il va être socialisé. On va parler d’une personne cisgenre quand le genre et le sexe sont alignés ou globalement alignés, et de personnes transgenres quand ce n’est pas le cas et qu’il y a une incongruence entre le genre et le sexe biologique assigné à la naissance. Si cette transidentité est accompagnée d’un inconfort ou d’une détresse, ce qui n’est pas systématique, il s’agit d’une dysphorie de genre 1, 2, 3.

Selon les chiffres du ministère des Solidarités et de la Santé en 2022, la transidentité concernerait entre 20000 et 60000 personnes en France. Les collectifs de personnes transgenres ou non binaires estiment que ces chiffres sont supérieurs. Il est donc important que la communauté médicale soit formée à recevoir les personnes transgenres pour répondre à leurs besoins. Concernant la santé respiratoire par exemple, la prévalence d’asthme et de BPCO sont augmentées dans cette population, une partie de l’explication résidant dans une consommation tabagique qui y est deux fois plus fréquente que dans la population générale. Il n’est donc pas rare que les personnes transgenres aient recours aux EFR dans leur parcours de soin.

Impact du choix des normes et autres facteurs influençant l’interprétation des EFR

L’interprétation des EFR chez le sujet transgenre peut s’avérer complexe, en premier lieu quant au choix des normes à utiliser. Un avis technique ATS/ERS sur la standardisation de la spirométrie datant de 2019 statue que le sexe assigné à la naissance doit être choisi car il est le principal déterminant des volumes pulmonaires 4. Toutefois cette recommandation n’est probablement pas satisfaisante dans tous les cas, et dans les faits ne semble pas correspondre aux pratiques. Une étude rétrospective étatsunienne sur base de données publiée l’année précédente ayant inclus 160 patient·es transgenres avec trouble ventilatoire obstructif (TVO), 80 femmes et 80 hommes, avait effectivement montré que l’utilisation du sexe assigné à la naissance permettait d’obtenir un Z-score moyen de la CVF proche de zéro, alors que l’utilisation des normes correspondant à l’identité de genre risquait de surestimer les résultats exprimés en % de la théorique chez les femmes transgenres, et des les sous-estimer chez les hommes transgenres, modifiant l’interprétation finale dans 45 % à 70 % des cas 5.

Mais dans ce travail, la prise éventuelle traitement hormonal n’avait pas été renseignée, alors que selon sa nature et l’âge de début, il pourrait potentiellement modifier les résultats des EFR. Par exemple, une étude transversale étatsunienne très récente ayant comparé 24 hommes transgenres sous testostérone à 24 hommes transgenres sans traitement, avait montré que la PEmax était significativement meilleure dans le premier groupe 6. En pratique, une autre étude rétrospective sur base de données réalisée sur un plus petit nombre de sujets (n = 17) avait montré que les normes « sexe féminin » avaient été utilisées chez 3/5 (60 %) des hommes transgenres (cas de figure correspondant à l’avis technique ATS/ERS de 2019) mais également chez 6/8 (75 %) des femmes transgenres (normes correspondant à l’identité de genre) et chez les 2 individus non binaires 7.

D’autres informations sont utiles à colliger, notamment la pratique du bandage (chest binding) chez des hommes transgenres désirant masquer leur poitrine, responsable d’une gêne respiratoire et de douleurs dorsales chez la plupart des utilisateurs, et d’une diminution des volumes respiratoires au moins lors du port du bandage (d’éventuels effets persistants sont controversés) 8, 9 , 10.

Proposition d’algorithme

L’équipe de Morgantown (West Virginia, USA) a ainsi proposé un algorithme afin d’aider au choix des normes les plus adaptées chez le sujet transgenre. Dans le cas d’un historique de traitement bloquant la puberté et d’un traitement hormonal d’affirmation de genre ayant débuté pendant la puberté, et contrairement à l’avis technique ATS/ERS de 2019, il est conseillé d’utiliser les normes correspondant à l’identité genre. Dans ce cas, un résultat supérieur à la limite supérieure de la normale chez une femme transgenre peut indiquer que les normes « sexe masculin » (sexe assigné à la naissance) aurait été plus adapté. La même remarque peut parfois s’appliquer à un résultat inférieur à la limite inférieure de la normale chez un homme transgenre, mais à mettre en balance avec une authentique altération de la fonction pulmonaire. Si les deux conditions précédemment citées ne sont pas remplies, alors le sexe assigné à la naissance doit être privilégié, tout en gardant à l’esprit qu’il existe un certain degré d’incertitude et que les résultats des EFR doivent être replacés dans le contexte (tableau clinique, indication) et comparé à d’éventuels résultats antérieurs s’ils sont disponibles 11.


D’après la session plénière du vendredi 30 janvier 2026 A01 « Tout comprendre (enfin) sur sexe et genre » ; Présentation « Un peu de physiologie : nos poumons sont-ils genrés ? » (Thomas Gille, Bobigny)

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DU BRISE – Bronches, Rhinosinus, Inflammation : des bases Scientifiques à l’Expertise thérapeutique

Bronches, Rhinosinus, Inflammation : des bases Scientifiques à l’Expertise thérapeutique

Université Paris-Saclay

Médecins coordinateur·rice·s du D.U – Université Paris Saclay, Hôpital Bicêtre, France :
Pr Jean-François PAPON (Service ORL), Pr David MONTANI (Service de Pneumologie), Dr Mihaela ALEXANDRU (Service ORL), Dr Antoine BEURNIER (Service de Physiologie –Explorations Fonctionnelles)

Ce D.U uniquement distanciel s’adresse aux professionnels impliqués dans la prise en charge des maladies inflammatoires de l’appareil respiratoire.
La prise en charge de l’asthme et de la polypose naso-sinusienne à l’ère des biothérapies sera notamment abordée de manière approfondie et multi-dimensionnelle.

De novembre 2025 à juin 2026

MAJ Septembre 2025

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Fonction respiratoire aux deux extrémités de la vie

Croissance broncho-pulmonaire et déterminisme pathologique chez l’enfant et l’adolescent

La période de croissance s’étale de la naissance à 18-20 ans. Sur le plan thoracique, elle est caractérisée par des modifications importantes et rapides des volumes pulmonaires et de la conformation des voies aériennes. Même si elles sont issues de données transversales et non pas longitudinales, les normes de la Global Lung function Initiative (GLI), utilisant un seul jeu d’équations pour toute la vie, permettent d’entrevoir les variations attendues de la fonction respiratoire aux différents âges1, 2. La croissance pulmonaire est majoritairement dysanaptique, c’est-à-dire avec une augmentation des volumes pulmonaires qui est globalement supérieure à celle du diamètre bronchique, sauf pendant l’adolescence marquée par une phase transitoire de croissance de rattrapage en calibre des voies aériennes, entraînant une diminution des résistances spécifiques (sRaw) et un rebond du rapport de Tiffeneau, contribuant probablement, chez certains enfants asthmatiques, à la disparition des symptômes pendant cette période.

Il existe des couloirs de fonction, prédéterminés dès la naissance (notion de tracking), avec des prédispositions génétiques à présenter un couloir bas ou un déclin précoce, favorisant l’apparition de pathologies respiratoires de l’enfance (asthme) et de l’adulte (BPCO). La croissance broncho-pulmonaire est également influencée négativement par un éventuel déficit pondéral in utero et dans l’enfance, les expositions aux aérocontaminants, les infections ; et au contraire probablement influencée positivement par l’activité physique si elle est suffisamment intense et régulière 3 , 4 , 5.

EFR de l’enfant

Le choix des tests réalisés chez l’enfant répond à trois critères, dépendant de l’âge : la pertinence (test le plus à même d’explorer un mécanisme physiopathologique donné), la fiabilité (disponibilité d’un équipement standardisé approprié, existence de valeurs de références, connaissance d’un seuil de changement cliniquement significatif sur une période de temps donnée), et la faisabilité 6.

La problématique la plus fréquente est d’étayer une suspicion d’asthme, notamment par un test de réversibilité aux bronchodilatateurs, ou parfois par un test de provocation à la méthacholine (potentiellement utile lorsque la probabilité clinique pré-test est intermédiaire). Quatre tests sont couramment utilisés : la spirométrie forcée avec mesure du volume expiré maximal dans la première seconde (VEMS), le calcul des sRaw par pléthysmographie, les résistances par interruption de débit (Rint), et les oscillations forcées. Les résultats obtenus avec ces différentes techniques ne sont toutefois pas toujours parfaitement corrélés, ni avec des échelles de contrôle de l’asthme comme l’ACT (Asthma Control Test).

Déclin de la fonction respiratoire chez l’adulte

À l’âge adulte, la capacité vitale et la capacité pulmonaire totale décroissent, tandis que la capacité résiduelle varie peu et que le volume résiduel se majore. Cela est amplifié chez le sujet âgé par la réduction du volume pulmonaire d’élastine et la diminution de la compliance. En revanche, le déclin physiologique affecte proportionnellement davantage le calibre des voies aérienne, ce qui se traduit par une diminution progressive du rapport de Tiffeneau.

Également, au-delà de 60 ans, on observe une raréfaction capillaire pulmonaire rapide. Cette diminution du volume capillaire pourrait être un déterminant important de la durée de vie. Des données de la littérature suggèrent qu’une activité physique intense pourrait augmenter le capital capillaire et enrayer son épuisement.

EFR chez le sujet âgé

Chez le sujet âgé, la fonction respiratoire est corrélée à des marqueurs de fragilité (frailty) et au pronostic, indépendamment de la pathologie respiratoire sous-jacente. Les EFR sont généralement réalisables, avec une qualité acceptable dans plus de 80 % des cas (voire plus de 90 % dans certaines séries). Plus encore que des troubles locomoteurs, une fatigabilité des muscles respiratoires ou une asthénie globale, les troubles cognitifs représentent le principal frein à la réalisation des EFR dans cette population, proportionnellement à leur sévérité. Dans ce cas, l’opérateur·ice doit mimer au maximum les manœuvres à réaliser, et parfois privilégier des techniques moins dépendantes de la participation des patient·es telles que les oscillations forcées.

Les normes de la GLI permettent de disposer de valeurs de références jusqu’à 80 ans pour les volumes statiques, 85 ans pour le transfert, et 95 ans pour la spirométrie forcée ; en gardant à l’esprit que les sujets sains ayant permis d’élaborer ces équations peuvent correspondre à une population sélectionnée de « survivants » et surestiment peut-être les valeurs attendues aux âges extrêmes. Compte-tenu de ces interrogations autour des valeurs attendues, chez les sujets âgés, le déclin du VEMS semble mieux corrélé à des marqueurs cliniques de statut fonctionnel lorsqu’il est exprimé en variation relative plutôt qu’en variation absolue.

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Approches actuelles de la dyspnée

Définition et terminologie

La dyspnée est définie comme une expérience subjective d’inconfort respiratoire, consistant en des sensations qualitativement différentes et d’intensité variable. Elle est multimodale et multidimensionnelle, provenant de facteurs multiples (physiologiques, psychologiques, sociaux, environnementaux), et pouvant induire des réponses physiologiques et comportementales, immédiates et tardives 1. C’est un signal d’alarme d’un état physiologique perturbé. La plupart du temps, en cas de dyspnée, il existe une discordance entre la commande ventilatoire envoyée par le système nerveux central, et la réponse périphérique (notamment de l’appareil respiratoire : volumes, débits, composition chimique du sang…) qui est intégrée par les centres respiratoires. Par analogie à la douleur (piqûre, brûlure, courant électrique…), des sensations distinctes peuvent être expérimentées, parfois conjointement, avec une intensité ressentie qui leur est propre : perception sensorielle d’effort excessif, d’oppression thoracique, de soif d’air ou d’inspiration insuffisante, tachypnée superficielle, suffocation… Chacune de ces perceptions sensorielles correspond la plupart du temps à des mécanismes et à des voies afférentes différentes. L’autre dimension perceptive est affective : on parle de dyspnée si, indépendamment de leur intensité, ces sensations sont intégrées comme étant désagréables par le cerveau (au niveau du système limbique). Ainsi, la dyspnée est vécue comme une souffrance, véhiculant des émotions négatives, qui ne recoupent pas nécessairement le terme « essoufflement » (breathlessness en anglais) et qui peut survenir dans des conditions physiologiques variées et parfois agréables (exercice, rire, surprise, activité sexuelle…) : la dyspnée est un « essoufflement pathologique » ou en condition pathologique. Enfin, la troisième dimension à évaluer est l’impact de la dyspnée sur la vie quotidienne : limitation des activités, diminution des capacités fonctionnelles, altération de la qualité de vie.

Une task-force conjointe de l’European Respiratory Society et de l’European Society of Intensive Care Medicine propose une nouvelle définition opérationnelle de la dyspnée, simplifiée, comme étant une souffrance respiratoire qui traduit l’expérience angoissante ou pénible de la perception consciente de la respiration. Un premier manuscrit de cette task-force ERS/ESICM, concernant la dyspnée des patient·e.s adultes ventilé·e.s en situation aiguë a été publié l’année passée 2.

Exploration de la dyspnée

La dyspnée étant subjective et multidimensionnelle, elle nécessite une auto-évaluation par le sujet à partir de différents questionnaires explorant les trois dimensions (perception sensorielle, perception affective, impact) et leur intensité respective. Concernant l’enquête étiologique, l’interrogatoire, l’examen clinique et les examens complémentaires de première ligne, avec notamment une analyse fine des explorations fonctionnelles de repos (distribution des volumes statiques ; comparaison de la capacité de diffusion, du facteur de diffusion et du volume alvéolaire ; gazométrie de repos ; test de marche des six minutes) permettent le plus souvent de suspecter les mécanismes physiopathologiques en cause 3 ,4, 5. Le recours à des explorations fonctionnelles plus spécialisées peut être nécessaire selon le contexte : test de provocation à la méthacholine, oscillométrie, test de provocation d’hyperventilation hypocapnique couplée à un questionnaire de Nijmegen, pressions respiratoires maximales couplées à une mesure de la capacité vitale en position couchée… En cas de dyspnée disproportionnée par rapport à une fonction respiratoire préservée, ou en cas de doute concernant les parts respectives de plusieurs mécanismes physiopathologiques impliqués (notamment en cas de pathologie cardiovasculaire associée), l’épreuve d’exercice cardio-respiratoire est d’une grande aide pour identifier la/les limitation(s) à l’exercice chez un sujet donné dans un environnement dynamique (plus proche des conditions réelles), décortiquer les mécanismes de la dyspnée d’effort et éventuellement guider un programme d’entraînement adapté 6.

Prise en charge de la dyspnée : au-delà des opioïdes

La prévalence de la dyspnée pourrait atteindre 10 à 12 % dans la population générale. Quelle que soit la cause ou la maladie sous-jacente, sa présence est associée à un pronostic péjoratif. La task-force ERS/ESICM propose de différencier la dyspnée chronique, la dyspnée persistante qui reste présente malgré un traitement bien conduit de la maladie en cause, et la dyspnée réfractaire qui reste présente malgré un traitement symptomatique de la dyspnée.

Les opioïdes sont censés soulager rapidement la dyspnée, avec des posologies modérées (habituellement 10-20 mg par prise). Cependant, le niveau de preuve est relativement faible car les études sont très hétérogènes : différentes molécules, différents dosages, différents critères de jugement… Selon certain·es auteur·ices, les opioïdes pourraient être plus efficaces dans des conditions expérimentales (par exemple sur un ergocycle) que pour soulager la dyspnée dans les activités de la vie quotidienne chez les patient·es. Ces bénéfices, mal connus, doivent par ailleurs être mis en balance avec des effets indésirables non négligeables : ralentissement de la fréquence respiratoire, hypercapnie, troubles du transit, troubles de la vigilance et du sommeil…

D’autres solutions, très efficaces et moins délétères, peuvent être utilisées en première ligne, certaines ayant pour but de « tromper le cerveau » dans sa perception de la réponse de l’appareil respiratoire à la commande ventilatoire : nébulisations de furosémide stimulant les récepteurs bronchiques à l’étirement, pastilles de menthol, ventilateur à ailettes tenu près du visage, distraction par la musique, hypnothérapie, techniques de relaxation…

La prise en charge kinésithérapique vise en priorité à améliorer les réponses périphériques (ventilatoires, cardio-circulatoires et musculaires). De nombreuses modalités sont possibles, selon le contexte : entraînement à l’exercice et renforcement musculaire, entraînement spécifique des muscles inspiratoires, exercices de contrôle ventilatoire en cas de syndrome d’hyperventilation inappropriée chronique. Un bilan kinésithérapique initial est nécessaire pour proposer les bonnes techniques à un·e patient·e donné·e. Et d’un point de vue académique, il existe une nécessité d’augmenter le niveau de preuve des différentes approches avec des critères d’évaluation plus performants.

Enfin, des aides matérielles sont possibles. Les bénéfices de l’oxygénothérapie et/ou de la ventilation non invasive sur le soulagement de la dyspnée sont débattus (chez quel·les patient·e.s, selon quelles modalités). Dans les activités de la vie courante, des techniques multidisciplinaires d’économie d’énergie et des aménagements au domicile peuvent être proposés, en lien notamment avec les ergothérapeutes.


D’après la session du dimanche 26 janvier 2025 A41 « Dyspnée : diagnostic et prise en charge » et les présentations :
« La kinésithérapie pour traiter la dyspnée »  de Marc Beaumont (Morlaix)
« Exploration et évaluation de la dyspnée : propositions de l’ERS » de Pierantonio Laveneziana (Paris)
« Traitement de la dyspnée réfractaire » de Capucine Morelot-Panzini (Paris)

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