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Recherche et maladies chroniques

Dans cette session, l’apport des approches « omiques » notamment les analyses transcriptomiques en cellules uniques pour la compréhension et la prise en charge des maladies pulmonaires ont été présentées.

Les discussions se sont ouvertes sur des méthodes innovantes permettant d’analyser des échantillons pulmonaires de façon multidimensionnelle rendant possible une meilleure lecture de l’architecture tissulaires et cellulaire dans les pathologies chroniques comme la FPI, la BPCO ou encore l’hypertension pulmonaire thromboembolique chronique.

Les présentations ont d’abord porté sur des approches méthodologiques innovantes permettant d’exploiter les tissus pulmonaires pour des analyses multidimensionnelles, ainsi que les modifications épigénétiques influençant la fonction respiratoire dans la BPCO au cours de la vie.

Une étude française a mis en lumière le rôle du gène LAMP3, qui code une protéine de membrane lysosomale impliquée dans le métabolisme du surfactant. Si LAMP3 avait été proposé comme un gène candidat dans les maladies interstitielles pulmonaires de l’enfant (chILD), les données présentées viennent renforcer cette hypothèse en apportant une validation fonctionnelle. Deux variants de LAMP3 ont été identifiés comme perturbateurs du métabolisme du surfactant, confirmant que LAMP3 peut être une cause rare de ces formes pédiatriques et soulignant l’importance du diagnostic génétique.

La fibrose pulmonaire idiopathique a été également largement discutée, avec la mise en évidence de la perte précoce des cellules épithéliales alvéolaires et de l’apparition précoce de cellules basaloïdes aberrantes, mais aussi le rôle de l’interleukine 11 comme acteur clé du processus fibrosant et son utilisation thérapeutique potentielle.

Une communication a présenté des travaux sur l’hypertension pulmonaire thromboembolique chronique, mettant en évidence des anomalies plaquettaires susceptibles de mieux expliquer la physiopathologie de cette forme particulière d’hypertension pulmonaire.

Enfin, la session s’est conclue sur des perspectives thérapeutiques encourageantes. De nouvelles données montrent par exemple que le Seralutinib pourrait cibler directement les mécanismes de fibrose. Son effet anti-fibrosant a été confirmé par transcriptomique en cellule unique dans un modèle fibrose pulmonaire idiopathique.

Cette session a montré que les approches omiques améliorent la compréhension des mécanismes et révèlent de nouvelles cibles et biomarqueurs, ouvrant la voie à une prise en charge plus personnalisée des maladies pulmonaires chroniques

Louise Bondeelle, service de Pneumologie, Hôpitaux universitaires de Genève, Suisse


D’après la session : From Omics to target emerging isights into chronic pulmonary disease mechanisms_ Session 73 Amtrium

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Mycobactéries non-tuberculeuses : « when to start and when to stop ? »

La session consacrée aux infections pulmonaires à mycobactéries non tuberculeuses (MNT) a abordé plusieurs questions essentielles pour la pratique clinique : quand initier un traitement, comment suivre la réponse et la progression de la maladie, et enfin combien de temps doit durer la thérapie.

Les débats ont dépassé les recommandations internationales publiées en 2020, en intégrant les avancées récentes en matière de biomarqueurs, d’immunologie et de stratégies thérapeutiques.

Les données actuelles confirment que l’initiation précoce ne doit pas être systématique : une surveillance attentive peut être préférable en cas de maladie paucisymptomatique, afin d’éviter les effets indésirables d’une antibiothérapie. Les critères guidant la décision incluent l’aggravation radiologique, la persistance de la charge bactérienne dans les expectorations et surtout l’impact clinique. La littérature récente insiste sur l’importance d’une approche individualisée tenant compte du profil du patient et du risque d’évolution irréversible de la maladie.

Les recherches récentes souligfnent l’influence de facteurs immunogénétiques et environnementaux : anomalies de l’immunité (défauts de l’interféron gamma ou de l’IL-12) et même le rôle du microbiote respiratoire. Ces données ouvrent la voie à des approches dites « host-directed therapies » visant à renforcer la réponse immunitaire de l’hôte, à moduler l’inflammation excessive ou à restaurer un équilibre microbien protecteur.

Au-delà des critères cliniques classiques et des examens d’imagerie, de nouveaux biomarqueurs sont en cours d’évaluation. Parmi eux, la quantification de l’ADN mycobactéries circulant, les profils transcriptomiques sanguins ainsi que des signatures inflammatoires spécifiques semblent prometteuses pour évaluer l’activité de la maladie et prédire la réponse au traitement. Ces outils pourraient permettre à l’avenir d’ajuster plus finement les schéma thérapeutiques.

Enfin, les recommandations préconisent encore une antibiothérapie prolongée d’au moins 12 mois après négativation des cultures. Cependant des données récentes suggèrent que, dans certains cas, une durée de traitement plus courte pourrait être efficace, mais ces données ne sont pas généralisables.

Louise Bondeelle, service de Pneumologie, Hôpitaux universitaires de Genève, Suisse


D’après la session 83 de dimanche 28 septembre : Treatment decisions in non-tuberculous mycobacteria lung disease: when to start, when to (de)escalate and when to stop?

References
PMID 38380651 ; PMID: 39940923 ; PMID: 36213301
Su H, Weng S, Luo L, Sun Q, Lin T, Ma H, He Y, Wu J, Wang H, Zhang W, Xu Y. Mycobacterium tuberculosis hijacks host macrophages-derived interleukin 16 to block phagolysosome maturation for enhancing intracellular growth. Emerg Microbes Infect. 2024 Dec;13(1):2322663. 
Naito M, Takeda Y, Edahiro R, Shirai Y, Enomoto T, Nakayama M, Nojima S, Nogami-Ito M, Mori M, Yano Y, Matsuki T, Yoshimura H, Hara R, Yamamoto M, Masuhiro K, Naito Y, Koyama S, Iwahori K, Nagatomo I, Shiroyama T, Miyake K, Hirata H, Hase H, Tsujikawa K, Ueda K, Kumanogoh A. NHERF2 as a Novel Biomarker for Distinguishing MAC Pulmonary Disease from Tuberculosis Based on Proteome Analysis of Serum Extracellular Vesicles. Int J Mol Sci. 2025 Jan 29;26(3):1155. 
Pathak K, Hart S, Lande L. Nontuberculous Mycobacteria Lung Disease (NTM-LD): Current Recommendations on Diagnosis, Treatment, and Patient Management. Int J Gen Med. 2022 Oct 1;15:7619-7629. doi: 10.2147/IJGM.S272690. 

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Variabilité dans le syndrome d’apnée du sommeil obstructif

Le syndrome d’apnée du sommeil est défini par un obstacle des voies aériennes supérieures intermittent au cours du sommeil. Ce syndrome est hétérogène avec différents facteurs de variabilité en interaction.

Cette session d’est intéressée aux différents facteurs de variabilité dans les SAHOS

Variabilité selon l’exposome 

La variation du SAHOS est d’abord reliée aux facteurs environnement et comportement de vie. 

La sévérité du SAHOS varie selon les saisons et les températures ambiantes (exemple pris en France avec un IAH plus élevé en France durant l’hiver et l’été par rapport aux saisons intermédiaires).

De ce fait le réchauffement climatique pourrait augmenter le risque de SAHOS.

Sur un intervalle de temps plus réduit, il existe aussi un syndrome d’apnées “social » avec un SAHOS plus sévère en fin de semaine, notamment chez les individus masculins et jeunes, dans un contexte d’usage de l’alcool et de fort tabagisme. Par ailleurs le SAHOS étant prédominant lors des phases de sommeil paradoxal, celui-ci est plus présent le WE lors des rattrapages de dettes de sommeil ou des jet-lag.

Variabilité selon les endotypes

  • parmi un même endotype, il existe une variabilité entre chaque nuit, du fait de la variation de l’intensité et des sites de collapsus, mais également de la commande respiratoire, de l’obstruction nasale et de la répartition des cycles de sommeil.
  • Des variabilités existent aussi à long terme chez les hommes et les femmes, notamment avec les changements hormonaux tels que la ménopause qui modifient le SAHOS.

Variabilité des symptômes

Ces variations peuvent entrainer pour un même individu une variation des symptômes entre les différentes nuits, telles que la fatigue, la somnolence ou au contraire l’insomnie, mais également des paramètres plus objectifs comme le stress métabolique ou l’IAH.

Variabilité sur la réponse à la PPC

L’IAH peut varier entre les nuits mais également selon l’état cardiaque, l’interface de PPC, les problèmes psychiques…

Variabilité sur l’accessibilité au traitement de la PPC 

Il existe des différences d’accès à la PPC dans le monde, mais aussi en Europe, avec par exemple un facteur 30 d’accès à la PPC entre la Roumanie et la France.  L’orateur mettait aussi en relation des populations similaires en terme d’épidémiologie du SAHOS comme la France et l’Italie, avec 3,14% de patients traités sur l’ensemble de la population française contre 0,39% de la population appareillée par PPC en Italie. Il imputait ces différences à celles des guidelines en termes de diagnostic et d’appareillage entre chaque pays, mais également aux  personnels autorisés à prescrire les PPC dans les deux pays. Les différentes recommandations influaient également les modalités de suivi, avec un suivi beaucoup plus rapproché en Espagne qu’en France par exemple.

Pour conclure le SAHOS est un syndrome hétérogène , variable dans le temps et chez un même individu. Il faut intégrer ces variations pour une prise en charge personnalisée et adaptée des patients.

Virginie Ferry, hôpital Bichat Claude Bernard, Paris


D’après la session Hot topic : understanding disease variability and its impact on the management of obstructive sleep apnea  du Pr Pépin, Grenoble

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Actualités dans l’HTP-PID en France 

Que nous apprennent le SNDS et les premières données sur l’utilisation du tréprostinil inhalé en vie réelle ?

Données françaises issues du SNDS

Les données de vraie vie concernant l’hypertension pulmonaire associée aux pneumopathies interstitielles diffuses (HTP-PID) restent encore limitées. Une analyse rétrospective de la base nationale SNDS (Système National des Données de Santé) menée entre janvier 2017 et décembre 2019, avec un suivi jusqu’en décembre 2022, a permis d’obtenir pour la première fois des données épidémiologiques françaises.

Trois analyses ont été réalisées offrant une vue d’ensemble sur l’HTP-PID en France. L’analyse épidémiologique a confirmé le caractère rare de l’HTP-PID, avec une prévalence estimée à 7,3 cas par million d’habitants et une incidence annuelle de 5 cas par million. Lorsque seuls les cas confirmés par cathétérisme cardiaque droit étaient pris en compte, la prévalence atteignait 5,6 cas par million et l’incidence annuelle 3,6 cas par million. Néanmoins, les données hémodynamiques précises, notamment sur la sévérité de l’HTP, n’étaient pas disponibles.

Chez les patients présentant une HTP-PID incidente (n=759, avec ou sans cathétérisme cardiaque droit), l’âge moyen était de 68 ans et les comorbidités associées fréquentes : hypertension artérielle dans 45% des cas, cardiopathie ischémique / coronaropathie ou artériopathie oblitérante des membres inférieurs dans 38%. La fibrose pulmonaire idiopathique était la PID la plus fréquente (53%) et 42% des patients présentaient une connectivite. La survie à 1 an était de 78% et de 52% à 3 ans mais probablement surestimée du fait de données de suivi limitées. Enfin, le coût annuel moyen par patient atteignait 21755 euros, principalement en lien avec les hospitalisations et les traitements spécifiques de l’HTP et de la PID. Ainsi, ces données soulignent la gravité de l’HTP-PID, son impact sur le système de santé et l’importance d’une prise en charge multidisciplinaire et coordonnée de ces patients.

Premières données en vie réelle sur l’utilisation du tréprostinil inhalé

Cette session a également été l’occasion de présenter les premières données françaises sur l’utilisation du tréprostinil inhalé, disponible en accès compassionnel, chez 119 patients atteints d’HTP précapillaire sévère associée à une PID. L’âge médian des patients était de 72 ans, majoritairement des hommes (75,6%), avec un retentissement clinique sévère : plus de 90% étaient en classe fonctionnelle (CF) NYHA III ou IV avec une distance médiane parcourue au test de marche de 6 minutes de 244 mètres. A l’état basal, les valeurs hémodynamiques médianes étaient de 39 mmHg pour la PAP moyenne, 2,3 l/min/m2 pour l’index cardiaque et 6,9 UW pour les résistances vasculaires pulmonaires (RVP). Les épreuves fonctionnelles respiratoires montraient une CVF en médiane à 71% de la théorique et une DLCO très abaissée à 24%. L’extension de la fibrose pulmonaire au scanner était estimée à 17,4%. Le NT-pro-BNP médian était de 715 pg/ml.

Onze patients (9,2%) ont arrêté le traitement avant la visite de réévaluation. Parmi les 91 patients réévalués après un suivi médian de 5,3 mois sous tréprostinil inhalé, 25,3% ont présenté une amélioration de la CF NYHA, 35,5% ont gagné plus de 30 mètres au test de marche de 6 minutes et 36% ont montré une diminution de plus de 20% des RVP. La CVF est restée stable (p=0,88) tandis que la DLCO diminuait légèrement (-1%, p=0,008). Aucune variation significative du BNP ou NT-proBNP n’a été observée (p=0,54). Le taux de survie à 12 mois de traitement était de 67±9%,

Ainsi, il s’agit des premières données hémodynamiques sous tréprostinil inhalé dans l’HTP-PID, ouvrant des perspectives encourageantes qui devront être confirmées par des données complémentaires.

Marianne Riou, service de Pneumologie, hôpitaux universitaires de Strasbourg


D’après la session posters P36 – Pulmonary hypertension associated with interstitial lung disease: screening, clinical features treatment approach and prognosis

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Triple thérapie budésonide/glycopyrronium/formotérol dans l’asthme non contrôlé : résultats des études de phase III KALOS et LOGOS

Les essais de phase III KALOS et LOGOS ont évalué la triple association budésonide/glycopyrronium/formotérol fumarate dihydrate (BGF) administrée par inhalateur-doseur pressurisé (pMDI, technologie Aerosphere®), déjà validée dans la BPCO, chez des patients atteints d’asthme insuffisamment contrôlé par CSI/LABA.

Une méthodologie robuste

Au total, 4 311 patients âgés de 12 à 80 ans ont été inclus. Après une phase de traitement standardisé par budésonide/formotérol, ils ont été randomisés pour recevoir : BGF 320/28,8/10 µg (n=1179), BGF 320/14,4/10 µg (n=726), budésonide/formotérol fumarate dihydrate (BFF 320/10 µg, n=1208) ou budésonide/formotérol en suspension (BUD/FORM 320/9 µg, n=1192), deux fois par jour pendant 24 à 52 semaines. Le critère primaire était la variation du VEMS matinal pré-dose à 24 semaines. Le critère secondaire était le VEMS AUC₀₋₃ (variation du VEMS dans les 3 heures suivant l’inhalation). Les autres critères secondaires incluaient le taux annuel d’exacerbations sévères et la tolérance.

Les caractéristiques initiales étaient comparables entre les groupes (âge moyen 52 ans, 64 % de femmes, VEMS moyen 58 % de la valeur prédite, réversibilité 21 %, éosinophiles médians 170/mm³). Le critère principal était la variation du VEMS matinal pré-dose à 24 semaines.

Un effet sur la fonction pulmonaire…

En analyse poolée, BGF 320/28,8/10 µg améliorait le VEMS pré-dose de 76 mL et le VEMS AUC₀₋₃ de 90 mL par rapport aux ICS/LABA (p<0,001). Avec BGF 320/14,4/10 µg, les gains étaient de 65 mL et 81 mL (p<0,001). L’effet était visible dès la 4eme semaine et se maintenait jusqu’à la semaine 52.

et sur les exacerbations

Dans l’analyse poolée de KALOS et LOGOS, le taux annualisé d’exacerbations sévères était de 0,54 sous BGF 320/28,8/10 µg et de 0,53 sous BGF 320/14,4/10 µg, versus 0,63 sous l’ensemble des comparateurs ICS/LABA (0,60 avec budésonide/formotérol fumarate dihydrate et 0,66 avec budésonide/formotérol en suspension). Cela correspond à une réduction relative du risque de 14 % (RR 0,86 ; p=0,01) et 16 % (RR 0,84 ; p=0,02) respectivement. Le bénéfice était observé dans l’ensemble de la population.

Quelle tolérance ?

Le profil de sécurité du BGF était comparable à celui des bithérapies. Les effets indésirables touchaient 53 à 60 % des patients, les événements graves environ 6 %, et les arrêts liés à un effet indésirable étaient rares (<1,2 %).

Conclusion

Chez des patients asthmatiques insuffisamment contrôlés par ICS/LABA, la triple thérapie BGF en inhalateur unique améliore la fonction pulmonaire et réduit les exacerbations sévères, tout en conservant un profil de tolérance similaire aux bithérapies. Ces résultats positionnent le BGF comme une option thérapeutique pertinente dans l’asthme persistant mal contrôlé.

Camille Rolland-Debord, service de Pneumologie, CHU Clermont-Ferrand


D’après la Session ID 82 ALERT 1: obstructive airway diseases in children and adults

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Infectiologie : Mieux vaut prévenir que guérir !

La session du congrès consacrée aux infections respiratoires et à la résistance antimicrobienne a mis en évidence l’importance croissante de la prévention et de l’innovation thérapeutique dans la prise en charge des infections respiratoires. Les échanges ont souligné à la fois l’apport historique de la vaccination et les défis actuels liés à l’adhésion des patients, au diagnostic précoce des résistances et au développement de nouvelles approches thérapeutiques.

Une couverture vaccinale qui reste insuffisante

Depuis 50 ans, la vaccination, notamment contre la grippe et le pneumocoque, a réduit la morbi-mortalité respiratoire et les cancers liés aux virus. Pourtant, la couverture vaccinale reste insuffisante : en 2024, 14.3 millions d’enfants seulement ont reçu le schéma DTP complet et 14 millions demeurent « zéro-dose », et la couverture rougeole plafonne à 84% (vs  95% requis). Aux Etats-Unis, la baisse de l’adhésion vaccinale amplifiée par des discours anti-vaccination du ministre de la Santé, Robert F Kennedy, s’accompagne d’une recrudescence des cas. Ces disparités rappellent l’urgence de renforcer la vaccination par des campagnes ciblées, une communication claire et l’implication des soignants de proximité, afin de dépasser la méfiance, la désinformation et les inégalités d’accès.

Les progrès du diagnostic moléculaire

Les progrès récents du diagnostic moléculaire, qu’il s’agisse de PCR multiplex, de séquençage ciblé ou de génomique complète, permettent une détection rapide et sensibles des pathogènes respiratoires et de leurs gènes de résistances. Des études récentes ont montré une sensibilité proche de 100% pour plusieurs bactéries majeures, la mise en évidence fréquente de gènes de résistance et une meilleure identification des infections mixtes. Ces outils favorisent une prise en charge précoce et ciblée, réduisant l’usage inapproprié des antibiotiques à large spectre et contribuent à une gestion plus efficace de l’antibiorésistance en pneumologie. Toutefois, ils exposent aussi au risque de surdiagnostic car ils ne permettent pas toujours de distinguer un pathogène colonisant d’un agent réellement responsable des symptômes cliniques, en l’absence de biomarqueurs discriminants fiables.

De nouvelles stratégies en infectiologie

Parallèlement, la recherche développe de nouvelles stratégies : nouvelles classes d’antibiotiques, associations thérapeutiques optimisant l’efficacité des molécules existantes, mais aussi approches alternatives comme les bactériophages ou l’immunothérapie.

En somme, seule une mobilisation collective, associant recherche, santé publique et pratiques cliniques, permettra de préserver l’efficacité des traitements et de répondre à ce défi mondial en santé respiratoire.

Louise  Bondeelle, service de pneumologie, Hôpitaux universitaires de Genève, Suisse


D’après la Session 5B_172 Hot topics Respiratory infections: prevention is better than cure 

Références :
PMID: 40578370 ; GBD 2023 ; Lancet 2025 ; Global, regional, and national trends in routine childhood vaccination coverage from 1980 to 2023 with forecasts to 2030: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2023
PMID: 40143178 : Elshobary et al. Pharmaceuticals 2025 ; Combating Antibiotic Resistance: Mechanisms, Multidrug-Resistant Pathogens, and Novel Therapeutic Approaches: An Updated Review

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Pression Positive Continue : une prise en charge à long terme et une surveillance continue

Le Syndrome d’apnées hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) est une maladie chronique, caractérisée par son existence à long terme, même si les facteurs de risque peuvent être optimisés. Sa prise en charge requiert donc une approche à long terme, avec pour objectifs clés : diagnostiquer précocement, traiter rapidement et efficacement, et maintenir le patient avec un traitement efficace durable. D’autant que des éléments intercurrents peuvent survenir dans un second temps tel que le SAS émergent.

SAHOS et PPC : comment optimiser l’adhérence ?

Deux indicateurs sont proposés pour évaluer la qualité de la prise en charge des patients sous PPC : le temps pour parvenir à un traitement efficace et la durée pendant laquelle cette efficacité perdure. Les données montrent que 30 à 50 % des patients arrêtent le traitement par PPC dans les cinq premières années, et 50 à 70 % utilisent le dispositif de manière irrégulière (moins de 4 heures par nuit). Ce problème d’adhérence est aggravé par des symptômes résiduels (somnolence résiduelle), souvent liés à un démarrage tardif du traitement ou à un manque d’optimisation. Plusieurs outils pour optimiser la prise en charge sont à notre disposition :

  • Engagement et soutien du patient : L’engagement actif du patient est fondamental pour améliorer l’adhérence. Les outils clés incluent :  la télémédecine (cette approche réduit les taux d’abandon en permettant un suivi régulier) et des applications interactives (elles incitent le patient via des rappels, des objectifs quotidiens et des retours sur l’usage, renforçant la motivation). 
  • Évolution des technologies de masque : les nouvelles technologies visent à améliorer le confort en offrant des modèles plus légers, adaptés à la morphologie faciale, et conçus pour “ressembler à un vêtement plutôt qu’un masque”. Une étude récente a démontré que changer le masque d’un patient en difficulté d’adhérence améliore significativement son utilisation nocturne, même si l’IAH est déjà contrôlé (amélioration de la satisfaction patient). 
  • Choix des dispositifs de ventilation : deux approches majeures existent, à savoir la PPC à pression fixe ou la PPC autopilotée. Des études n’ont pas montré de différence significative en termes d’adhérence entre les deux, mais le changement de mode peut être bénéfique pour certains patients. De plus, la VNI à double niveau de pression peut être utile pour les patients souffrant de gêne respiratoire avec une PPC, grâce à une pression inspiratoire et expiratoire différentiée, améliorant le confort. La ventilation auto asservie est, quant-à elle, indiquée en cas d’apnées centrales résiduelles, permettant de réduire les perturbations du sommeil et d’améliorer l’adhérence. 
  • Importance de la qualité du sommeil : Bien que le SAHOS soit traité principalement via la ventilation, la qualité du sommeil elle-même est souvent négligée. Des troubles du sommeil associés (insomnie induite par le traitement, apnées centrales résiduelles) peuvent réduire l’adhérence. Des stratégies comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) numérique (applications) ou l’utilisation temporaire de somnifères (pendant les premières semaines) peuvent aider le patient à adapter son sommeil au traitement. 

SAS émergent : les points clés

Le SAS émergent se caractérise par l’apparition d’apnées centrales chez des patients traités efficacement par PPC pour un SAHOS. Il concerne jusqu’à 20 % des patients sous PPC, avec des conséquences potentiellement graves si non pris en charge. Son étude est motivée par la nécessité de prévenir l’échec du traitement CPAP, la discontinuation thérapeutique et les complications cardiovasculaires associées. Nous devons y penser lorsque le patient rapporte des symptômes persistants malgré une PPC efficace (somnolence diurne, insomnie, réveils fréquents avec suffocation). Le diagnostic sera posé avec la réalisation de la polysomnographie de suivi et des données de télésurveillance (augmentation de l’IAH résiduel). Le SAS émergent est un processus dynamique. Il peut apparaître transitoirement (séjour à altitude >2000 mètres) ou évoluer au fil du traitement (mois ou années).   Le télé suivi joue un rôle important pour détecter précocement une anomalie. Même en l’absence de symptômes évidents, les patients avec un SAS émergent présentent un risque accru d’observance insuffisante de la PPC et de complications cardiovasculaires. Il est donc recommandé de traiter systématiquement le SAS émergent, même peu symptomatique. La prise en charge initiale consistera en la réduction progressive de la pression de la PPC (par pallier de 1 cmH₂O), après vérification de l’absence de fuite. En cas d’échec, il faut envisager le passage à la ventilation auto asservie, sauf en cas de FEVG < 45%. L’objectif à court terme est de réduire l’IAH résiduel (<5/h) et les symptômes pour améliorer l’observance de la PPC. A long terme, on cherche à diminuer le risque de complications cardiovasculaires et améliorer la qualité de vie des patients. 

Pour conclure, le SAHOS est une maladie chronique nécessitant une gestion proactive et individualisée. En combinant l’engagement patient, les innovations technologiques et les ajustements thérapeutiques précoces notamment en cas d’apparition d’un SAS émergent, nous pouvons améliorer l’efficacité du traitement et la qualité de vie des patients.

Vanessa Bironneau , service de pneumologie, CHU de Poitiers


D’après la Session : Beyond CPAP tackling complex cases Improving Adherence in CPAP: Tools, Technologies and Tailored Approaches Holger Woehrle (Ulm, Germany) Emerging Central Sleep Apnoea: Recognition, Risks and Response Sébastien Baillieul (Grenoble, France)

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Dupilumab ou omalizumab ? La première comparaison directe dans la polypose nasale sévère avec asthme

La polypose nasale sévère est fréquemment associée à un asthme, dans un contexte dominé par l’inflammation de type 2. Deux biothérapies, dupilumab et omalizumab, étaient disponibles, mais aucune comparaison directe n’avait été menée avant l’essai EVEREST.

Une étude inédite

La rhinosinusite chronique avec polypes nasaux entraîne perte de l’odorat, congestion nasale et altération majeure de la qualité de vie. Jusqu’à 67 % des patients présentent un asthme associé, aggravant la sévérité et le recours à la corticothérapie.

L’essai EVEREST (phase 4, randomisé, multicentrique, double aveugle) a inclus 360 adultes présentant un score de polypose élevé et un asthme insuffisamment contrôlé. Pendant 24 semaines, ils ont reçu soit du dupilumab toutes les deux semaines, soit de l’omalizumab selon le schéma autorisé, en association à une corticothérapie nasale. Les critères principaux étaient l’évolution du score de polypose et de la fonction olfactive.

Round 1: avantage au dupilumab

Parmi les 181 patients sous dupilumab et les 179 sous omalizumab, les caractéristiques de base étaient comparables (âge moyen 52 ans, 59 % d’hommes, 80 % opérés auparavant).

Le score de polypose nasale diminuait dans les deux groupes, mais davantage avec le dupilumab (–2,65 vs –1,05). L’amélioration de l’odorat (différence entres les deux biothérapies de 8,0 points) était également plus marquée, avec un effet visible dès la semaine 4. Le dupilumab montrait aussi une supériorité sur la congestion nasale (–0,58) et la perte d’odorat (–0,81).

Concernant l’asthme, les résultats à 24 semaines étaient meilleurs avec le dupilumab en comparaison avec l’omalizumab : VEMS pré-bronchodilatateur (+0,15), score ACQ-7 (–0,48) et qualité de vie AQLQ (+0,56). Là encore, les différences apparaissaient dès la semaine 4.

La tolérance était comparable, avec des effets indésirables le plus souvent bénins (céphalées, rhinopharyngite, toux) et aucun décès.

Et les perspectives ?

Cette première comparaison directe soulève cependant des questions : rôle du phénotype d’asthme, moment de son apparition, poids de l’asthme allergique ?

EVEREST restera-t-il une exception ou inaugure-t-il une série d’essais comparatifs “head to head” appelés à redéfinir la place des biothérapies ?

Camille Rolland-Debord, service de pneumologie, CHU Clermont-Ferrand.


D’après la communication Efficacy and Safety of Dupilumab (DUP) vs Omalizumab (OMA) in Chronic Rhinosinusitis with Nasal Polyps (CRSwNP) with Asthma (EVEREST study) Enrico Marco Heffler (Italy)

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Info -Respiration Numéro 188-septembre 2025

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Anne-Claire Toffart, Michaël Duruisseaux d’après une interview réalisée par Caroline Guignot Lire plus

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Quelle est aujourd’hui la place de la Francophonie en pneumologie ?
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