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L’asthme fait partie des pathologies chroniques dont l’observance thérapeutique est parmi les plus faibles. Les biothérapies indiquées dans l’asthme sévère apparaissent a priori moins exposées à cette problématique que les traitements inhalés du fait de leur fréquence et de leur voie d’administration. Qu’en est-il en pratique ?
Une analyse rétrospective présentée par Justin Kwiatek (GSK Collegeville, États Unis) incluant les données de plus de 16 000 patients adolescents et adultes issus de la plateforme américaine Komodo, a retenu notre attention. Les patients étaient âgés de 12 ans ou plus et avaient initié une biothérapie entre le 1er janvier 2016 et le 30 juin 2024 parmi le dupilumab (4 996 patients), l’omalizumab (3 731 patients), le benralizumab (3 586 patients), le mepolizumab (3 489 patients), le tezepelumab (434 patients) et le reslizumab (anti-IL5 non commercialisé en France ; 100 patients).
La consommation de biothérapie était estimée sur la base des données de dispensation pharmaceutique et d’administration, lorsqu’elles étaient disponibles. Les patients ont ainsi été catégorisés en 4 groupes :
63 % des patients étaient « persistants » : 1 injection non réalisée maximum et plus de 50% de réapprovisionnement à la pharmacie. Au sein de ce groupe, le pourcentage moyen de jours couverts par le traitement sur la période était de 90%. La « persistance » était de 72,2% pour le benralizumab, 69% pour le reslizumab, 68% pour le mepolizumab, 57,2% pour le dupilumab, 56,1% pour l’omalizumab et 54,8% pour le tezepelumab.
12 % étaient « partiellement non persistants » : au moins 2 injections consécutives non réalisées ou ≤ 50% de réapprovisionnement à la pharmacie, correspondant à 69% de jours couverts par le traitement.
3 % étaient « non persistants » : au moins 2 injections consécutives non réalisées et ≤ 50% ou moins de réapprovisionnement à la pharmacie soit 36% de jours couverts par le traitement.
22% étaient considérés comme ayant arrêté le traitement avec au moins 3 injections consécutives non réalisées. Au sein de ce dernier groupe, le pourcentage moyen de jours couverts par le traitement était de 35%. Les pourcentages d’arrêt du traitement étaient respectivement de 13,9%, 18%, 20,2%, 23,3%, 29,6% et 33,2%. Les raisons associées à ces arrêts de traitement n’étaient pas disponibles.
Le taux d’exacerbation était significativement accru chez les patients qui n’étaient pas persistants (groupes 2, 3 et 4) par rapport au groupe 1, indépendamment des caractéristiques de la population à l’initiation (type de couverture médicale, âge, genre, taux annuel d’exacerbations notamment) (Rate ratio 1,18 ; intervalle de confiance à 95% : 1,12–1,24). Il n’était néanmoins pas possible de savoir si ces exacerbations étaient la cause ou la conséquence de la moindre persistance.
A l’heure où nous fixons des objectifs de rémission de l’asthme sous traitement par biothérapie, cette étude rappelle l’importance de questionner l’observance avant de conclure à un échec thérapeutique en cas de persistance des exacerbations.
Laurie Pahus, Aix Marseille Université, APHM – Centre d’investigations cliniques CIC 1409, Hôpital Nord Chemin des Bourrely, 13015 Marseille, France
D’après Kwiatek J et al. Real-world persistence to biologic therapies and its impact on outcomes in patients with Asthma. Am J Respir Crit Care Med2025;211:A7147.
Même si l’inflammation de type 2 prédomine dans l’asthme, d’autres types d’inflammation, regroupés sous l’appellation « inflammation de type non-2 » – telles que l’inflammation neutrophilique (de type 1) ou celle liée aux mécanismes auto-immuns – ont été décrits et peuvent sous-tendre certaines formes d’asthme. Longtemps considérés comme mutuellement exclusifs, ces différents endotypes inflammatoires peuvent coexister chez un même patient. Un symposium spécifiquement dédié à ce sujet s’est tenu lors du Congrès de l’ATS ce mardi 20 mai 2025.
Annette Hastie (Winston-Salem, Etats-Unis) et Mario Castro (Kansas, Etats-Unis) estiment que la coexistence d’une inflammation éosinophilique (de type 2) et d’une inflammation neutrophilique (de type 1) constitue un phénotype particulier d’asthme, associé à une sévérité accrue et à une dégradation plus rapide de la fonction respiratoire. En effet, les patients présentant une élévation concomitante des éosinophiles et des neutrophiles dans les voies respiratoires tendent à développer une hyperréactivité bronchique plus marquée, des exacerbations plus fréquentes et un déclin plus rapide de leur fonction respiratoire. Ces auteurs soulignent que l’interaction entre les voies T2, traditionnellement impliquées dans l’asthme allergique via des médiateurs tels que l’IL‑4, l’IL‑5 et l’IL‑13, et les voies T1, associées à une réponse inflammatoire neutrophilique, médiée par l’IFN‑γ, ne se contente pas d’agir de manière additive. Au contraire, la synergie entre ces deux types d’inflammation pourrait engendrer des altérations plus complexes et plus importantes de la fonction respiratoire. Ce constat souligne la nécessité de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant simultanément plusieurs voies inflammatoires.
Manali Mukherjee (Hamilton, Canada) a exploré l’impact de l’auto-immunité sur l’asthme, démontrant que l’inflammation auto-immune peut coexister avec l’inflammation de type 2, réduisant ainsi les traitements classiques. Cette interaction pourrait expliquer pourquoi certains patients répondent mal aux thérapies ciblant exclusivement l’inflammation de type 2. Face à cette complexité, des approches alternatives sont envisagées, notamment l’utilisation de traitements immunosuppresseurs qui ont montré des résultats prometteurs chez certains patients. Toutefois, ces traitements nécessitent encore des études approfondies pour mieux évaluer leur efficacité et leurs effets secondaires.
Max Siebold (Denver, Etats Unis) rappelle que les réponses immunitaires de type 1, souvent déclenchées par des infections virales, peuvent influencer la réponse aux corticostéroïdes dans l’asthme. La présence simultanée d’une inflammation T2 (allergique/éosinophilique) et d’une inflammation T1 (induite par les virus) complique les stratégies thérapeutiques, rendant les traitements classiques, tels que la corticothérapie, moins efficaces.
Enfin Marc Gauthier (Pittsburgh, Etats-Unis) met en lumière les différences entre l’inflammation T2 et l’inflammation T1, cette dernière étant largement médiée par l’IFN‑γ et d’autres signaux issus des lymphocytes T. Alors que l’inflammation T2 favorise les réactions allergiques classiques conduisant à une bronchoconstriction et à une hyperréactivité bronchique (et est généralement sensible aux corticostéroïdes), l’inflammation T1 semble impliquée dans la cortico-résistance et le remodelage bronchique. En résumé, les intervenants ont souligné la possibilité de coexistence et d’interaction entre les réponses inflammatoires T1 et T2 dans l’asthme sévère, créant ainsi un endotype plus complexe de la maladie. Ce constat suggère qu’un ciblage exclusif de l’inflammation T2 pourrait s’avérer insuffisant. L’identification des patients susceptibles de bénéficier de traitements ciblant simultanément les différentes voies inflammatoires représente probablement l’un des prochains défis thérapeutiques majeurs dans l’asthme.
Anh Tuan Dinh-Xuan, Service de Physiologie-Explorations Fonctionnelles, Hôpital Cochin, 27, rue du faubourg Saint-Jacques, 75014 Paris
D’après la session C86 « How novel inflammatory interactions in asthma contribute to disease and severity »
Les données de registres complètent souvent utilement les résultats d’essais cliniques puisqu’elles permettent d’analyser des données de vie réelle sur de très grands effectifs. Ceci est particulièrement vrai dans l’asthme sévère. Des résultats intéressants ont été présentés vis-à-vis de l’impact de l’initiation d’une biothérapie sur les effets secondaires liés aux corticoïdes oraux
L’un des objectifs de l’initiation d’une biothérapie dans l’asthme sévère est d’aboutir à une réduction voire, idéalement, à un sevrage en corticoïdes oraux puisque l’on connaît bien les effets secondaires très délétères des corticoïdes administrés au long cours. A partir des données provenant de deux registres, l’International Severe Asthma Registry regroupant 16 pays et l’Optimum Patient Care Research Database concernant uniquement le Royaume-Uni, les auteurs ont comparé l’existence d’un grand nombre d’effets indésirables classiquement associés aux corticoïdes oraux (cataracte, glaucome, diabète, ostéoporose…) entre 5 633 patients ayant initié une biothérapie et 36 845 patients asthmatiques sévères sans biothérapie.
Globalement, le risque de développer un effet indésirable était significativement plus faible chez les patients ayant débuté une biothérapie (HR=0,82 [0,72-0,93]; p=0,002). Cette réduction de risque était surtout liée à un moindre risque de diabète (HR=0,62 [0,45-0,87] ; p=0,006), d’événements cardiovasculaires (HR=0,65 [0,44-0,97] ; p=0,034) et d’anxiété/dépression (HR=0,68 [0,55-0,85] ; p=0,001). De manière plus surprenante, il n’a pas été détecté de différence de risque pour l’ostéoporose, l’apnée du sommeil, le glaucome, la cataracte ou la pneumonie.
Cette analyse comportant un très grand nombre de patients est la première à montrer que les asthmatiques sévères chez qui l’on débute une biothérapie ont un moindre risque de développer un effet indésirable classiquement associé aux corticoïdes oraux, et en particulier le diabète, par rapport à ceux qui n’ont pas de biothérapie. De quoi alimenter le débat sur le coût élevé lié à ces traitements innovants, à bien mettre en balance avec les économies réalisées par la réduction de nombreux événements ultérieurs.
François-Xavier Blanc, Université de Nantes ; CHU de Nantes, l’institut du thorax, Hôpital G. et R. Laennec, Service de Pneumologie ; INSERM UMR 1087, CNRS UMR 6291, Nantes
D’après Price D.B. et al. Impact of biologic initiation on new-onset of corticosteroid-related adverse effects in patients with severe asthma. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5552 (session C33).
L’absence de recours aux corticostéroïdes est un critère clé de la rémission clinique de l’asthme attendue sous biothérapie. Jusqu’à aujourd’hui, la capacité du tezepelumab à diminuer le recours aux corticoïdes oraux restait incertaine car l’étude SOURCE (randomisée, en double aveugle contre placebo) n’avait pas atteint son critère de jugement principal 1. Néanmoins, des analyses en sous-groupes suggéraient qu’il pourrait exister un phénotype répondeur associé à un taux d’éosinophiles sanguins supérieur ou égal à 150/mm3.
Les résultats de l’étude WAYFINDER, présentés ce matin par David J Jackson (Londres – Royaume-Uni) apportent des éléments additionnels.
WAYFINDER est une étude de phase 3b, en ouvert à bras unique évaluant, à nouveau, la capacité du tezepelumab (par voie sous cutanée à une posologie de 210 mg toutes les 4 semaines) à diminuer le recours aux corticoïdes oraux. Deux co-critères de jugement principaux étaient évalués aux semaines 28 et 52 :
-la proportion de participants ayant pu, sans perte de contrôle, réduire leur dose quotidienne à 5mg ou moins
-la proportion de patients qui, dans les mêmes conditions de contrôle des symptômes et sous couvert d’une fonction surrénalienne préservée étaient sevrés de corticoïdes oraux.
Les patients asthmatiques sévères étaient éligibles à intégrer l’étude s’ils étaient traités par une association ICS/LABA à forte dose depuis plus de 6 mois et un traitement par corticoïdes oraux à une dose comprise entre 5 et 40mg de prednisone ou équivalent depuis plus de 3 mois. Ils devaient avoir présenté au moins une exacerbation dans l’année précédant leur inclusion.
298 patients ont été inclus (soit deux fois plus que dans l’étude SOURCE). Ils ont en moyenne 54 ans (+/- 12 ans), sont majoritairement des femmes (69%), de profil exacerbateur (1,8 +/- 1,5 au cours des 12 derniers mois) et reçoivent en moyenne 10,8 mg d’équivalent prednisone par jour. Majoritairement, ils correspondent au phénotype précédemment identifié comme « répondeur » : 344 éosinophiles/mm3 en moyenne (dont 71,1 %≥ ³ 150/mm3); FeNO moyenne de 39,4 ppb en moyenne (dont 55%≥ ³ 25ppb). 59% sont décrit comme atopiques sur la base d’IgE spécifiques positives en immunofluorescence. Leur score ACQ-6 est de 2,64 (+/- 0,94).
A l’exception d’une éosinophilie supérieure et d’une atopie plus fréquente, ces caractéristiques sont proches de celles retrouvées dans la population incluse dans l’étude SOURCE (cf table 1 ci-dessous).
Au sein de cette population, près de 90% des patients ont pu atteindre une dose journalière ≤ 5mg dont 89% dès la semaine 28 (+1% à la semaine 52). Une proportion importante de patients a pu être sevrée au cours de l’étude (32,2% à la semaine 28 et 50,3% à la semaine 52). L’analyse en sous-groupes suggère une tendance à un bénéfice accru lorsque l’éosinophilie ou la FeNO augmentent et chez les patients atopiques sans toutefois atteindre une significativité statistique.
Les critères de jugement secondaires sont statistiquement et cliniquement significatifs à la semaine 52 : diminution du taux annualisé d’exacerbations, amélioration du contrôle selon le score ACQ6 et amélioration de la qualité de vie selon le SGRQ. Le VEMS est stable.
Ainsi, sur une large population de patients asthmatiques sévères présentant des biomarqueurs d’atopie et d’inflammation T2 relativement élevés, le bénéfice du tezepelumab à visée d’épargne cortisonique semble se confirmer.
Gardons néanmoins à l’esprit que la taille de l’effet réelle est difficile à évaluer car il s’agit d’une étude non contrôlée or l’effet placebo est habituellement important dans l’évaluation des biothérapies dans cette population, particulièrement au cours de l’étude SOURCE.
Étude WAYFINDER
Étude SOURCE
Effectif
298
150
Age (moyenne +/- ET)
54,4 +/-12 ans
53,4 +/-12 ans
Femmes (pourcentage de l’effectif)
69,1%
63%
Éosinophilie (moyenne)
344/mm3
242/mm3
Éosinophilie ³ 150/mm3 (pourcentage de l’effectif)
71,1%
66%
FeNO
39,4 ppb
40,5 ppb
FeNO ³ 25ppb (pourcentage de l’effectif)
55%
58%
Atopie (pourcentage de l’effectif)
59%
39%
ACQ6 (moyenne +/- ET)
2,64 +/- 0,94
2,47 +/-1,05
Dose de corticoïdes oraux (moyenne +/- ET) en équivalent de prednisolone
10,8 mg
13 +/- 5,7 mg puis optimisée à la randomisation : 11,3 +/-55 mg
Table 1. Caractéristiques des populations à l’inclusion dans les études WAYFINDER et SOURCE
Laurie Pahus, Aix Marseille Université, APHM – Centre d’investigations cliniques CIC 1409, Hôpital Nord Chemin des Bourrely, 13015 Marseille
D’après Jackson DJ et al. Tezepelumab Reduces and Eliminates OCS Use in OCS-Dependent Patients With Severe Asthma: Primary Results From the Phase 3b WAYFINDER Study [abstract]. Am J Respir Crit Care Med2025;211:A5231.
Une revue systématique de la littérature avec méta-analyse a été réalisée par une équipe de chercheurs du Tennessee pour déterminer si le risque de développer un COVID long chez les adultes était influencé par le fait d’être atteint d’un asthme ou d’une BPCO. Les résultats ne sont pas forcément ceux que l’on attendait.
L’analyse de la littérature a inclus toutes les études disponibles au 13 septembre 2024. Les données regroupant 51 études épidémiologiques ont été compilées, incluant 43 analyses pour l’asthme et 30 analyses pour la BPCO. Les résultats de la méta-analyse indiquent que le risque de développer un COVID long après plus de 12 semaines de suivi était significativement plus important chez les asthmatiques (odds ratio à 1,40, avec intervalle de confiance à 95% compris entre 1,24 et 1,58 ; p<0,001) et les patients atteints de BPCO (odds ratio à 1,41, avec intervalle de confiance à 95% compris entre 1,16 et 1,72 ; p<0,001). En revanche, après plus de 26 semaines de suivi, ce risque persistait chez les asthmatiques (odds ratio à 1,47, avec intervalle de confiance à 95% compris entre 1,09 et 1,98 ; p<0,001) mais pas chez les BPCO (odds ratio à 1,19, avec intervalle de confiance à 95% compris entre 0,71 et 1,98 ; p=0,51). Globalement, les patients asthmatiques hospitalisés durant la phase initiale de leur infection à SARS-CoV-2 présentaient un surrisque de développer ultérieurement un COVID long avec un odds ratio à 1,55 (intervalle de confiance à 95% compris entre 1,30 et 1,86), mais cette augmentation de risque était également observée dans une moindre mesure chez les patients non hospitalisés pour COVID avec un odds ratio à 1,32 (intervalle de confiance à 95% compris entre 1,16 et 1,49). Enfin, les patients atteints de BPCO ne présentaient pas plus de fatigue au long cours : odds ratio à 1,13 avec intervalle de confiance à 95% compris entre 0,68 et 1,89 (p=0,63).
Les lecteurs intéressés par cette méta-analyse pourront l’examiner plus en détail puisqu’elle a été récemment publiée intégralement 1. Selon les auteurs, ces données plaident en faveur du fait que l’inflammation chronique des voies aériennes liée à l’asthme ou à la BPCO favorise le développement du COVID long, même si les mécanismes ne sont pas encore élucidés. Un argument de plus pour renforcer la mise à jour systématique de la vaccination chez nos patients concernés, donc.
François-Xavier Blanc, Université de Nantes ; CHU de Nantes, l’institut du thorax, Hôpital G. et R. Laennec, Service de Pneumologie ; INSERM UMR 1087, CNRS UMR 6291, Nantes
D’après Terry P. et al.Systematic review and meta-analysis of studies evaluating risk of long COVID in patients with pre-existing asthma or COPD. Am J Respir Crit Care Med2025;211:A3494 (session B35).
Les essais cliniques pré-AMM incluent des populations très homogènes parfois éloignées de la population cible des thérapies développées. Après commercialisation, il convient de s’assurer de la possibilité d’extrapoler les résultats obtenus au cours des essais cliniques aux populations exclues, en vraie vie. L’étude PASSAGE s’intéresse aux populations traditionnellement exclues ou sous-représentées dans les essais cliniques d’asthme sévère notamment les fumeurs actifs ou sevré avec un tabagisme à 10 paquets-année ou plus et les patients avec un diagnostic associé de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) légère à modérée.
Njira Lucia Lugogo (Michigan, Etats-Unis) a présenté une analyse intermédiaire d’une étude multicentrique de phase IV, incluant 208 patients atteints d’asthme sévère traités par des corticoïdes inhalés à moyenne ou forte dose, associés à une seconde molécule depuis au moins 12 mois et ayant présenté ou moins 2 exacerbations dans l’année précédant leur inclusion. Elle évalue l’effet du tezepelumab à la posologie de 210mg sous cutané toutes les 4 semaines sur le taux annuel d’exacerbation, avec un seul bras en ouvert.
Aucun critère d’inclusion relatif à l’éosinophilie sanguine ou autre marqueur inflammatoire n’est requis mais les patients sont stratifiés sur l’éosinophilie sanguine (supérieure ou inférieure à 300/mm3) et l’atopie (définie par la sensibilisation à un allergène per annuel). Parmi les patients inclus, 29.8% sont fumeurs ou anciens fumeurs à plus de 10 PA et 13% ont un diagnostic de BPCO légère à modérée.
Les résultats retrouvent une diminution du taux annualisé d’exacerbations de 76% par rapport à l’année précédant l’initiation du tezepelumab, pour l’ensemble de la population. Concernant les patients atteints de BPCO, une diminution de 66% des exacerbations est observée. Cette diminution est de 71% pour les patients fumeurs actifs ou sevrés. De même, le tezepelumab est efficace dans le groupe des patients avec une éosinophilie inférieure à 300/mm3, qu’ils soient atopiques ou non (réduction des exacerbations de 62% et 79%, respectivement). Le bénéfice semble plus marqué en cas d’éosinophilie supérieure à 300/mm3, qu’ils soient atopiques ou non (réduction des exacerbations de 82 % et 81%, respectivement).
Aucun signal de tolérance nouveau n’a été détecté.
Ces résultats, bien que limités par l’absence de groupe contrôle, éclairent sur une des zones grises de la pratique clinique suggérant que les patients asthmatiques sévères exacerbateurs peuvent bénéficier du tezepelumab indépendamment de leur statut tabagique, de leur éosinophilie sanguine ; y compris lorsqu’il existe un diagnostic associé de BPCO légère à modérée.
L’étude est toujours en cours, les résultats définitifs sont attendus pour l’année 2026.
Laurie Pahus, Aix Marseille Université, APHM – Centre d’investigations cliniques CIC 1409, Hôpital Nord Chemin des Bourrely, 13015 Marseille, France
D’après Lugogo NL et al. Improvements in asthma exacerbations, lung function, asthma control and health-related quality of life after tezepelumab initiation in patients with severe asthma: interim results from the US phase 4 PASSAGE study. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A5024.
L’inflammation de type 2 est l’endotype prédominant de l’asthme. Elle est également présente dans d’autres maladies extrapulmonaires ainsi que dans la BPCO. La FeNO et l’éosinophilie sont les deux principaux biomarqueurs de cette inflammation.
Bien qu’ils soient souvent mesurés ensemble, leur dosage combiné reste peu systématique, principalement en raison de l’indisponibilité de la FeNO dans de nombreux centres. Par ailleurs, il semblerait que la sensibilité et la spécificité de la FeNO soient inférieures à celles de l’éosinophilie chez les asthmatiques traités par des anticorps monoclonaux anti-IL-5. De plus, bien qu’une corrélation entre ces deux biomarqueurs existe, celle-ci reste imparfaite, certains patients présentant une élévation d’un seul des deux biomarqueurs. Deux études ont apporté des preuves convaincantes en faveur de l’utilisation conjointe de ces deux biomarqueurs dans la détection de l’asthme dans une population générale et la prédiction des exacerbations chez des patients porteurs d’un asthme modéré à sévère. L’étude ORACLE2 (OxfoRd Asthma attaCk risk scaLE) analyse les résultats de 6 513 asthmatiques traités par placebo issus de 23 essais cliniques randomisés et contrôlés (1, 2). En examinant les 4 615 crises d’asthme survenues au cours de ces essais, les auteurs ont mis en évidence un risque accru de crises d’asthme associé à une augmentation des valeurs de l’éosinophilie (rapport de taux [RR] = 1,48, IC 95% : 1,30–1,68) et de la FeNO (RR = 1,44, IC 95% : 1,26–1,65). La combinaison de ces deux biomarqueurs offrait une valeur prédictive supérieure à celle de chacun pris individuellement. 1, 2. Parmi les autres facteurs prédictifs significatifs, figuraient les antécédents de crises d’asthme (RR : 1,94, IC 95% : 1,61–2,32), la gravité de la maladie (sévère versus modérée) (RR : 1,57, IC 95 % : 1,22–2,03), une diminution du VEMS en pourcentage des valeurs prédites (RR : 1,11 par baisse de 10 %, IC 95 % : 1,08–1,15) et des scores ACQ-5 plus élevés (RR : 1,10 par augmentation de 0,5 point, IC 95 % : 1,07–1,13). Les auteurs de la deuxième étude ont analysé les données de 18 319 personnes du registre de la « National Health and Nutrition Examination Survey » (NHANES) afin de déterminer s’il existait une relation entre des valeurs élevées de FeNO et/ou une éosinophilie supérieure à 150 cellules/μL et la prévalence de l’asthme (3). Une éosinophilie modérément élevée (150-300/μL) était associée à une probabilité 1,3 à 3,2 fois plus élevée de développer un asthme, en fonction des niveaux de FeNO, indépendamment du sexe. Une augmentation de la prévalence de l’asthme a été également observée avec des valeurs accrues de FeNO dans chaque stratum d’éosinophilie. Les personnes présentant des valeurs très élevées d’éosinophilie et de FeNO avaient une probabilité 3,7 fois plus élevée de développer un asthme chez les femmes et 7,1 fois plus élevée chez les hommes 3. Ces deux études, portant sur près de 25 000 personnes, confirment que la mesure combinée de l’éosinophilie et de la FeNO apporte une valeur additive tant dans le diagnostic de l’asthme que dans la prédiction de ses exacerbations. L’intégration de ces biomarqueurs mesurés ensemble dans l’évaluation clinique de routine pourrait améliorer la gestion personnalisée de l’asthme.
Anh Tuan Dinh-Xuan, Service de Physiologie-Explorations Fonctionnelles, Hôpital Cochin, 27, rue du faubourg Saint-Jacques, 75014 Paris
La qualité du sommeil en réanimation est un facteur associé à une augmentation de la morbi-mortalité, avec notamment difficultés de sevrage ventilatoire, survenue de délirium et augmentation de la consommation de médicaments, en particulier sédatifs. Si certains facteurs perturbateurs sont difficiles à éviter, d’autres sont facilement modifiables comme le bruit, la lumière, mais aussi les soins prodigués au patient.
L’équipe de Poitiers a réalisé une étude prospective évaluant l’impact d’un monitoring du sommeil en temps réel chez des patients de réanimation non sédatés, en comparant une période « avant » (pas de monitoring du sommeil, soins planifiés toutes les 4 heures) et « après » (monitoring en continu avec périodes de soins respectant le sommeil du patient). Trente patients (conscients, non sédatés) ont été inclus dans chaque groupe et étaient comparables en termes d’âge, de sexe et d’index de gravité. Le motif d’hospitalisation principal était l’insuffisance respiratoire aiguë (67% dans le groupe « avant » versus 60% dans le groupe « après »). Un tiers des patients dans chaque groupe était sous ventilation non invasive. Le sommeil était enregistré en continu de 19h à 7h du matin avec un mini-polysomnographe. Le signal enregistré était envoyé sur une tablette positionnée à l’extérieur de la chambre permettant une classification simple des patients entre « patient éveillé » (pour lequel l’équipe pouvait entrer dans la chambre et réaliser les soins) et « patient endormi » (pour lequel l’équipe devait décaler les soins non urgents).
L’objectif principal (temps de sommeil continu : périodes de sommeil > 10 mn) n’était pas différent entre les 2 groupes. Néanmoins, en excluant les patients n’ayant eu aucune période de sommeil de plus de 10 mn (4 patients dans le groupe « avant » et 10 patients dans le groupe « après »), le temps total de sommeil (TTS) était significativement plus élevé dans le groupe monitoré (276 mn [214 – 345]) vs groupe standard (183 mn [142 – 243]). Le nombre d’entrées dans la chambre par le personnel était comparable dans les 2 groupes (26 [20 – 32] vs 23 [16-3]), mais se faisait plus souvent chez un patient endormi dans le groupe non monitoré (22%, [4-32]) que dans le groupe monitoré vs 6% (0-13 ; p=0,015). Le temps de sommeil profond était par ailleurs doublé dans le groupe monitoré (101 mn vs 40mn ; p = 0,0137).
Cette étude monocentrique souligne qu’une évaluation relativement simple du sommeil en continu permet d’adapter les soins et d’améliorer la qualité et la quantité de sommeil du patient en réanimation. L’évaluation de l’impact de cette action sur la durée de séjour et la consommation médicamenteuse serait intéressante.
Sandrine Pontier-Marchandise, Service de Pneumologie et unité des soins intensifs– Clinique des Voies Respiratoires, CHU Larrey, 24 chemin de Pouvourville, TSA 30030, 31059 Toulouse Cedex 9
D’après la communication de Drouot X, et al. Real time sleep monitoring improves sleep in critically ill. Am J Respir Crit Care Med 2025;211:A1060 (session A20)
La première cause de transplantation pulmonaire est la fibrose pulmonaire (FP). Bien que la grande majorité des transplantations réalisées soit bipulmonaire (TBP), la transplantation monopulmonaire (TMP) reste une option envisageable, notamment chez les patients les plus âgés. Le nombre insuffisant de greffons disponibles et l’augmentation de l’âge des receveurs fait questionner l’utilisation plus large des TMP, habituellement réservées aux patients les plus fragiles, du fait d’une survie rapportée moins bonne à long terme.
R. Criner (Philadelphia, Etats Unis) s’est intéressée à l’impact de la TMP par rapport à la TBP pour les patients avec une FP. Cette cohorte monocentrique de 760 patients transplantés pulmonaires pour FP entre 2005 et 2023 retrouvait une majorité d’hommes (69,6%), âgés en moyenne de 64,1 ans. La différence notable entre la TMP (516 patients) et TBP (244 patients), outre le nombre largement supérieur de TMP de façon inhabituelle (ratio 2 :1), est un âge supérieur pour la TMP (âge moyen chez les TMP à 66 ans ± 7,77, soit 8 ans de plus, p < 0,01). Dans les 18 premiers mois post-TP, la survie post-TMP est meilleure que post-TBP (84,6% vs 79,1%), pouvant s’expliquer entre autres par une chirurgie plus courte entrainant moins de complications. Au-delà, les courbes de survie restent comparables, bien que celle post-TBP devienne meilleure après la 3e année avec, à 5 ans, 49% de survie pour une TBP vs 38% pour une TMP (p = 0,03). Les limites soulevées ici sont l’absence d’évaluation de la cause de mortalité et l’absence d’évaluation de la dysfonction chronique du greffon, ni des complications sur le poumon natif.
Une deuxième étude de J. Halicki (Philadelphia, Etats Unis) reprenant l’ensemble des données nationales entre 2008 et 2018 a été conduite sur toutes les TP pour FP avec hypertension pulmonaire sévère (HTP), définie par des résistances vasculaires pulmonaires > 5 UW comparativement à un groupe avec des résistances ≤ 5UW. En général, lorsqu’une HTP sévère complique la FP, la TBP reste l’indication préférentielle. Parmi les 7048 patients greffés, 595 soit 8,5% avaient une HTP sévère. Ce sous-groupe était plus jeune (59 vs 62 ans, p <0,01), avec une CVF plus élevée, une sévérité plus marquée : davantage de recours à la ventilation mécanique et à l’assistance circulatoire extra-corporelle veino-artérielle pré-TP (respectivement 5,6% vs 3,3% : p < 0,01 et 8,6% vs 5,5% : p =0,04). Dans la population avec HTP sévère, la proportion de TMP était significativement moins fréquente (16,6% vs 45,6% : p < 0,01). Une majorité de patients était traitée pour cette HTP, parfois par une trithérapie, sans que ces données n’aient été recueillies, et la durée d’attente sur liste n’était pas disponible. La survie à 1 an pour TMP avec HTP était de 81,5% vs 86,1% pour TBP avec HTP, alors que la survie à 1 an pour TMP sans HTP était de 86,1% vs 87,3% pour TBP sans HTP. Ces différences n’étaient pas significatives avec une mortalité comparable à l’étude précédente. Il n’y avait cependant pas d’évaluation de la survie au-delà de la première année de TP. De même, des données complémentaires seront nécessaires pour l’évaluation de la récidive d’une HTP à distance de la TMP, qui au vu de la persistance du poumon fibrosé et du remodelage vasculaire reste une complication tout aussi probable que la dysfonction chronique du greffon.
La TMP semble pouvoir être une option thérapeutique envisageable dans cette population de patients porteurs de FP même en cas d’HTP sévère. Néanmoins, cette stratégie n’est pas partagée par tous les centres transplanteurs, notamment français.
Sixtine Decaux, Service de Pneumologie B et Transplantation Pulmonaire, Hôpital Bichat, , Assistance Publique Hôpitaux de Paris, 46 rue Henri Huchard 75018 Paris
D’après les communications de : Halicki J, et al. Assessing single versus double lung transplant outcomes in patients with idiopathic pulmonary fibrosis with pulmonary hypertension – a look at the new pulmonary hypertension criteria. Am J Respir Crit Care Med 2025;211: A1117 (session A24) Criner R, et al. Impact of single vs bilateral lung transplantation on survival in interstitial lung disease patients at a high-volume center. Am J Respir Crit Care Med 2025;211: A1119 (session A24)