Marc Humbert : un visionnaire au service des maladies vasculaires pulmonaires
Marc Humbert
Chef du Service de Pneumologie et Soins Intensifs Respiratoires, Hôpital Bicêtre (AP-HP). Directeur de l’Unité Mixte de Recherche
Inserm/Université Paris-Saclay 1358 : Hypertension Pulmonaire : Physiopathologie et Innovation Thérapeutique
d’après une interview réalisée par Caroline Guignot
Le professeur Marc Humbert figure parmi les plus grands spécialistes mondiaux de l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), une maladie rare, parfois idiopathique, familiale ou associée à d’autres affections, notamment auto-immunes. Caractérisée principalement par un essoufflement, elle
évolue vers une insuffisance cardiaque droite et peut conduire au décès en l’absence de traitement. En consacrant sa carrière à la recherche fondamentale et clinique sur cette pathologie, le Pr Humbert a participé à sa redéfinition et au développement de stratégies thérapeutiques innovantes, dont
le sotatercept, biothérapie qui transforme le pronostic des patients. Fin 2025, il s’est vu décerner
successivement le Grand Prix de la Fondation de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP)
et le Grand Prix de l’Inserm. Il revient pour nous sur l’histoire de cette aventure scientifique.
Quand avez-vous rencontré l’HTAP pour la première fois, et quand avez-vous choisi d’y consacrer votre carrière ?
C’est un stage d’externat en 1985 qui a été déterminant pour moi. Étudiant en médecine à l’Université Paris-Sud -aujourd’hui Paris-Saclay -, j’ai eu la chance de bénéficier de l’enseignement des médecins du service de pneumologie de l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart (AP-HP), qui était alors dirigé par le Pr Pierre Duroux et son adjoint, le Pr Gérald Simonneau. Tous deux étaient très chaleureux et bienveillants. Leur service était très dynamique, en particulier dans le domaine des maladies vasculaires pulmonaires. De retour comme interne, j’y ai rencontré mes premiers patients atteints d’HTAP : des jeunes, souvent des femmes souffrant de maladies auto-immunes comme le lupus ou la sclérodermie, d’infections par le VIH, ou encore exposés à des médicaments anorexigènes. C’était alors une maladie considérée comme orpheline, avec une espérance de vie qui dépassait rarement deux à trois ans. Mais il y avait vraiment dans ce service le souhait de trouver des solutions à ce problème majeur. Un important travail de recherche clinique y était mené, qui a notamment permis de mettre en place un programme de transplantation pulmonaire en collaboration avec le Pr Philippe Dartevelle de l’Hôpital Marie Lannelongue. Cette période a également vu l’émergence des premiers médicaments dédiés à l’HTAP, en particulier la prostacycline en perfusion intraveineuse continue.
La solidarité entre les soignants et les familles, très engagées, et aussi les associations de patients qui se sont mises en place était inspirante. Mon idée initiale était de travailler à la compréhension des aspects inflammatoires de l’HTAP : ils n’étaient pas vraiment identifiés à l’époque, malgré la fréquence de l’inflammation dans d’autres maladies cardiovasculaires ou respiratoires et malgré l’association connue entre HTAP et certaines maladies inflammatoires systémiques auto-immunes ou infectieuses. Certaines formes idiopathiques étaient par ailleurs associées à la présence d’autoanticorps circulants, ce qui suggérait que l’auto-immunité et l’inflammation pouvaient jouer un rôle dans des cas inexpliqués d’HTAP. Je me suis engagé dans une thèse d’université en immunologie pour mieux comprendre cette discipline en plein essor et essentielle à l’étude des mécanismes inflammatoires. J’ai initialement travaillé sur l’immunologie du rejet de transplantation pulmonaire dans une unité Inserm à Clamart sous la direction du Pr Dominique Emilie. Dans le cadre de mon double parcours de médecin et de chercheur, j’ai gardé un lien permanent avec le service durant toute la durée de ma thèse d’université et la fin de mon internat, avec l’envie de m’inscrire dans la dynamique de recherche qui y était déployée au service des patients. Les Pr Duroux et Simonneau portaient alors une ambition forte : soutenir un projet de recherche fondamentale, étroitement lié à la recherche clinique qu’ils menaient, et concrétiser cette vision par la création d’un laboratoire dédié.
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